Concept d'autonomie (suite)


 
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II.3- Le volume d’autonomie
On définira le volume d’autonomie d’un individu à l’instant t comme le nombre d’actes à la fois acceptables et possibles, c’est à dire tous les actes pour lesquels Evh et Emh sont strictement positifs :

Les actes qui se positionnent dans l’aire Ar4 sont des actes acceptables mais impossibles faute de moyens : c’est ici que peuvent émerger par exemple des stratégies de coopération, ou des demandes d’aides (cas des patients hospitalisés). Les actes positionnés dans l’aire Ar2 expriment les actes rejetés par le système culturel, mais cependant possibles. Vouloir, par exemple, rendre ces actes autonomes revient donc à transformer le système culturel : c’est le cas de l’action du personnel de soins qui persuade un patient d’agir, sachant qu’il en a les moyens. En sens inverse, dans des situations conflictuelles, dominer idéologiquement autrui consiste à faire passer ses actes autonomes (aire Ar1) vers l’aire Ar2 : c’est la servitude volontaire d’autrui. La réalisation d’un acte Ah est d’autant plus décidée pour l’individu que les deux  coordonnées EVh et EMh  positives sont simultanément importantes.

II.4- Variation de l’autonomie, stratégie versus liberté
Un objectif quelconque consiste à faire varier l’autonomie de  l’individu, c’est à dire à modifier le nombre de ses actes autonomes potentiels. Cette modification, dans le cas d’une augmentation de l’autonomie par exemple, consiste à incorporer dans la zone d’autonomie des actes non autonomes, soit par modification du système de valeurs, soit par modification du système de moyens, soit les deux à la fois. Cette modification ne peut passer que par les actes actuellement autonomes, nouvellement combinés et orientés. Ce faisant, dans un contexte social, le fait d’agir pour un objectif peut entraîner aussi dans la plupart des situations un effet supposé sur autrui . Cet effet supposé correspond à des variations probables d’autonomie d’autrui, c’est à dire à des impacts sur les valeurs d’acceptation / non-acceptation, ou sur les capacités d’exécution, ou les deux à la fois, vis à vis de l’action envisagée par l’individu. Celui-ci est donc dépendant de la réaction positive, neutre ou négative d’autrui. Ce dernier peut réagir par l’intermédiaire de ses propres actes autonomes, actes acceptés / non-acceptés et possibles / pas possibles par l’individu. Les actions-réactions réciproques peuvent prendre plusieurs formes selon les acceptations ou non attendues, les capacités ou non supposées, de l’individu et d’autrui. Le choix prospectif de l’une de ces dépendances envisageables n’est rien d’autre que la stratégie, la mise en relation de deux autonomies. Il arrive cependant que pour agir, la prise en compte de la réaction d’autrui n’est pas utile (inexistence d’autrui, rapport des forces écrasant qui permet de ne pas tenir compte des réactions) : c’est ici, selon nous, qu’apparaît le concept de liberté, variation de l’autonomie sans avoir à tenir compte les réactions positives ou négatives d’autrui. Dans cette situation particulière, la stratégie se réduit à un protocole d’actions.

II.5- Relations entre le système des valeurs et celui des moyens
Le fait de raisonner à l’instant t permet de mesurer indépendamment les effets respectifs des valeurs et des moyens sur les actes. Ils sont en fait liés par l’intermédiaire de ces mêmes actes. Cette liaison peut être représentée par le produit de [λVA] par la transposée de [wMA]. L’élément général est donc :
(λi . wk) . [(Σvij.ajh).(Σmkl.blh)] = Pik avec quelque soit k, 0 ≤ wk  ≤ 1 ;  quelque soit i,j, vij compris entre [- 1 ;+1] et vii = +1 ; mkl  = {-1, 0, +1} et mkk = +1; λi ≥ 0, aih et bkh  quelconques. Cet élément général peut être interprété comme le « degré de congruence » à l’instant t des effets conjugués de la valeur Vi, incluse dans son système culturel, et du moyen Mk, inclus dans son système de pouvoir, vis à vis de l’ensemble des actes envisagés. Plus Pik est important, plus s’affirme la stabilité des effets concomitants de Vi et de Mk vis à vis de l’ensemble des actes. Cette mesure a son importance pour deux raisons : la première est qu’elle peut servir à définir le degré d’identification de la personne ou du groupe vis-à-vis des actes recensés ; en effet, par exemple, si l’individu contrôle μ moyens, faut-il que le système de valeurs accepte l’ensemble des actes que peuvent générer ces μ moyens. Sinon, soit le système de valeurs freine l’utilisation des moyens (réduction volontaire de l’autonomie), soit apparaît un manque de moyens au regard de l’acceptation d’actes, et il y a donc frustration. La seconde raison est que Pik permet d’interpréter l’impact de nouveaux moyens sur le système de valeurs, et réciproquement, sur une période donnée.
En effet, l’introduction de moyens supplémentaires peut permettre l’accomplissement d’actes nouveaux. Mais ceux-ci, selon notre formalisation théorique, réveillent obligatoirement de nouvelles valeurs qui peuvent être en contradiction avec les valeurs initiales (cas par exemple des tentatives de corruption, ou cas fréquent lors de l’introduction de technologies révolutionnaires), d’où un rejet culturel des nouveaux actes potentiels. Dans ces conditions, deux stratégies apparaissent pour faire accepter les actes complémentaires : soit la neutralisation d’un nombre suffisant de valeurs initiales opposées (mais a priori on ne voit pas comment), soit l’augmentation sensible de l’importance des nouvelles valeurs relativement aux valeurs initiales. Cette dernière stratégie est la plus efficace selon la formulation Pik, car les nouveaux λi  ne sont pas bornées, contrairement aux autres paramètres vij et mkl qui sont compris entre -1 et +1. Inversement, soit des valeurs complémentaires correspondant à une volonté nouvelle d’accomplir des actes supplémentaires. Pour que ces actes deviennent possibles, il faut des moyens complémentaires. Comment les acquérir ? La seule solution est de mobiliser le système de moyens existants pour en acquérir de nouveaux, ce qui signifie affaiblir momentanément ou non les effets du système initial des moyens sur les actes initiaux, au risque d’en perdre. On perçoit ici l’importance capitale de la productivité des moyens existants pour pouvoir accroître l’autonomie. Les effets respectifs de l’introduction de nouveaux moyens et celle de nouvelles valeurs n’ont donc pas les mêmes impacts sur les identifications.

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