Concept d'autonomie (suite)


 
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II- THÉORIE DE L’AUTONOMIE

Cette théorie, déjà partiellement publié dans [7], est complétée et précisé ici. Un acte autonome, tel que nous l’avons défini, est un acte accepté et possible. Dans un premier temps, nous considérerons l’autonomie à un instant t, ce qui nous permettra d’admettre que les valeurs culturelles, qui poussent à la réalisation de l’acte, et les moyens (ou pouvoir), rendant possible un même acte, ne sont pas liés. Dans un second temps, nous examinerons rapidement la dialectique entre les deux pôles, dialectique qui ne peut s’exprimer que sur une période Δt. Les choix stratégiques jouent en effet en permanence sur le lien dialectique. Mais déjà l’analyse de l’instantané nous apporte beaucoup de renseignements. Soit un individu I face à p actes. Chaque acte éveille des valeurs culturelles et nécessitent des moyens (connaissances et matériels). Soit n le nombre de valeurs éveillées, et k le nombre de moyens possédés à l’instant t. Par hypothèse, cela signifie que nous considérons les valeurs réveillées par l’acte comme dénombrable, c’est à dire qu’elles ne se chevauchent pas. Il en est de même pour les moyens. Par ailleurs, on nommera « groupe homogène » un ensemble d’individus partageant des systèmes de valeurs semblables. On emploiera indifféremment les termes individus ou groupe homogène.  Nous rappelons ici rapidement la formalisation dans II.1 et II.2

II.1- le système des valeurs culturelles
Le fait qu’un acte Ah quelconque puisse éveiller des valeurs contradictoires montre que l’on peut envisager l’ensemble de ces valeurs comme un système. Soit [Vn] la matrice carrée associée, dont l’élément générique vij représente le degré d’influence de la valeur Vi sur la valeur Vj : s’il est positif, cela signifie que Vi n’est pas vécue comme contradictoire à Vj ; s’il est négatif, Vi est contradictoire, s’il est nul, Vi n’a pas de lien avec Vj. Comme une valeur ne peut être aussi puissamment liée positivement qu’avec elle-même, vii = +1. Par symétrie, on notera la plus forte contradiction possible entre Vi et Vj  vij = -1 ; vij est donc compris entre -1 et +1. Si  "i et "j, i ≠ j, vij > 0, alors toutes les valeurs sont en synergie : la matrice [Vn] représente alors la certitude, c’est à dire un système de valeurs néguentropique. Si "i et "j, i ≠ j, vij < 0, alors toutes les valeurs sont en contradiction, et la matrice [Vn] exprime l’incertitude totale, c’est à dire un système culturel entropique. Si  "i et "j, i ≠ j, vij = 0, alors toutes les valeurs sont indépendantes les unes des autres, et ne forment pas une culture.  Le degré d’incertitude oscille donc entre n² et - (n² - n). Il est donc borné par le nombre de valeurs réveillées à l’instant t. On dénommera Dv le degré d’entropie du système de valeurs, qui peut être défini comme suit : Dv = 1 -  ; il varie donc entre le minimum 0 (entropie nulle ou certitude totale) et le maximum [2-(1/n)] (incertitude totale vis à vis des valeurs réveillées). Cependant, chaque valeur peut prendre à l’instant t des importances différentes pour l’individu I : soit λi l’importance accordée à la valeur Vi ; λi positif mesure le degré d’attachement à cette valeur, zéro en cas d’indifférence. Cette hiérarchie des valeurs culturelles peut être représentée par une matrice diagonale [λ], ce qui revient à poser l’hypothèse selon laquelle l’importance d’une valeur est intrinsèque à celle-ci. Ces degrés d’importance accélèrent ou décélèrent l’entropie du système des valeurs, ce qui peut être représenté par le produit des matrices [λ].[V] = [λV]. Chaque acte réveillant des valeurs, l’ensemble des actes A1 à Ap recense les valeurs V1 à Vn. Soit [VA] la matrice liant valeurs et actes, et le coefficient aih représente une mesure directe de l’effet de la valeur Vi sur l’acte Ah. Si ce coefficient est positif, la valeur Vi accepte et encourage l’acte Ah, s’il est nul, elle y est indifférente, s’il est négatif, elle n’accepte pas et décourage l’exécution de l’acte Ah. Cependant, un acte n’est pas mu par seulement une valeur, mais par l’ensemble systémique des valeurs. L’effet global peut donc être mesuré par [λV]. [VA] = [λVA] dont l’élément général est :  λi . noté Lih.  L’acceptation culturelle globale ou le rejet global d’un acte peut donc être représenté par la somme de la colonne correspondant à l’acte

Ah : Lih = EVh . Le signe de EVh indique l’acceptation ou le rejet du système global des valeurs vis à vis de l’acte Ah, et son montant mesure la puissance de cette acceptation ou de ce rejet. Cela signifie que nous acceptons que Evh exprime un « solde » des effets positifs et négatifs du système de valeurs sur l’acte Ah (effet de compensation).

II.2- Le système des moyens
Le pouvoir s’exerce par l’intermédiaire de moyens, du plus abstrait (la connaissance) au plus concret (matériel). La possibilité de réalisation des actes passe donc par μ moyens formant système que l’on peut représenter par la matrice carrée [M]. Le coefficient +1 correspondra au fait que le moyen Ml est utilisable simultanément avec Mk en synergie, -1 que l’utilisation simultanée est impossible, et 0 que les deux moyens n’ont pas d’effet l’un sur l’autre. Les coefficients sont donc bornés. Les éléments de la diagonale correspondent à la relation d’un moyen avec lui-même, relation qui est obligatoirement la plus forte et peut donc être bornée à +1. Cependant chaque moyen est plus ou moins bien maîtrisé. Soit wk le degré de maîtrise du moyen Mk. Il correspond à la possibilité d’utilisation des moyens antérieurs dans le graphe pour pouvoir utiliser Mk : la « maîtrise » wk d’un moyen apparaît donc comme le rapport entre le nombre d’actes réalisables (AR) par l’individu en vue d’activer ce moyen Mk, et le nombre d’actes nécessaires (AN) pour activer réellement ce moyen au regard de l’acte final lié à l’objectif. Ce degré est donc compris entre 0 et +1. Le système de moyen valorisé par les degrés de maîtrise peut donc s’écrire : [w].[M] = [wM]. Par ailleurs, chaque moyen a un effet plus ou moins important dans la réalisation des actes. On notera [MA] la matrice moyens / actes, dont l’élément général bkh mesure l’effet de Mk sur l’acte Ah : positif, il signifie que Mk fournit le pouvoir d’induire Ah, négatif qu’il freine l’acte, nul qu’il ne l’induit pas. L’effet global du système des moyens sur la possibilité d’exécution des actes A1 à Ap est donc : [wM]. [MA] = [wMA] dont l’élément général est : wk .Σ(mkl.blh) noté Wfkh .  Ah ne sera possible que si la somme de la colonne Ah =  EMh  est positif.  EMh négatif signifie que le système des moyens a le pouvoir de freiner l’acte, s’il est nul, il n’a ni la capacité de l’accomplir ni de le freiner. Son montant exprime la puissance de l’effet du système de moyens sur l’acte envisagé.


Résumons : comment mesurer l’autonomie ?

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