Concept d'autonomie


 
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INTRODUCTION

Les Sciences de Gestion peuvent être considérées comme des Sciences de l’Action au sein des organisations. La réflexion sur l’action a fait l’objet de nombreux écrits en philosophie (d’Aristote à, aujourd’hui, Arscombe, Davidson, Ricoeur, …), ainsi qu’en psychologie et psychologie sociale ou en sociologie. L’action est une tentative d’application de décisions stratégiques et tactiques. Toute action est le reflet de celles-ci dont il convient de déchiffrer les fondements. Du point de vue des Sciences de Gestion, qu’est-ce qu’une action ?

On peut la définir comme un ensemble d’actes, actes qui sont orientés par une mission, un objectif. L’acte apparaît donc comme « l’atome » à comprendre. Un acte n’existe, selon nous, que sous deux conditions : qu’il soit accepté par l’individu ou groupe d’individus, et qu’il soit possible. L’acceptation ressortit à la culture, la possibilité au pouvoir, deux notions déjà étudiées en Sciences de Gestion. Nous définirons un acte comme autonome à un instant t dès lors qu’il est concomitamment acceptable et possible, et par abus de langage on définira l’autonomie d’une personne ou d’un groupe comme son volume d’actes autonomes. Une mission ou un objectif, pour un individu ou un groupe, a pour raison de faire varier son autonomie, ce qui  a pour conséquence, dans la plupart des situations sociales, de faire varier en probabilité l’autonomie d’autrui : il y a dépendance aux réactions probables d’autrui. La variation de sa propre autonomie plus la prise en compte de la dépendance probable constitue l’essence même de la stratégie et du choix de ses formes (réseau, alliance, coopération, fusion, évitement, filière, compromis, confrontation, soumission). La culture d’un groupe humain est un ensemble de valeurs vécues comme harmonieuses. Par rapport à un acte donné, certaines de ces valeurs l’accepteront, d’autres le rejetteront avec plus ou moins de force : un degré d’incertitude s’insinue, élément clé de la conduite des organisations. En pleine certitude, le management est inutile. Il en est de même avec l’ensemble des moyens à disposition, matériels et connaissances, qui permettra l’accomplissement de l’acte avec plus ou moins d’efficacité.

Nous nous proposons de montrer une formalisation théorique de l’autonomie et de la dépendance telles que définies. L’intérêt de cette formalisation est de permettre de repérer les valeurs et les moyens, inscrits dans leur système respectif, qui doivent être modifiés (stratégie) ici pour accroître ou maintenir l’autonomie, là pour la réduire, et ce avec quelles quantités d’efforts. A notre avis, cette formalisation ouvre de larges perspectives dans de nombreux domaines, dont celui du management stratégique des Unités de Soins Hospitaliers (USH).

Quel est l’objectif d’un soin ? Nous l’avions défini comme la variation de l’autonomie du patient (l’efficacité) par une dépendance momentanée aux soignants (efficience) supposés eux-mêmes autonomes vis à vis des actes effectués. Cette dépendance est concrètement la combinaison des divers actes techniques choisis par les soignants en tenant compte de la réaction physique et psychologique du patient : c’est   le choix de la stratégie thérapeutique.

A partir d’enquêtes dans des Unités de Soins (Lorient et Argentan), avec l’aide des cadres soignants, ainsi que l’enquête du Centre Collaborateur de l’OMS (Lille), nous avons tenté d’appliquer la théorie Autonomie/Dépendance/Stratégie afin de tester son réalisme : les résultats théoriques reflètent-ils correctement l’observation des faits, font-ils apparaître des aspects insoupçonnés ou « invisibles », peuvent-ils servir de base prospective pour l’élaboration de stratégie ? Nous nous proposons de montrer les résultats qui apparaissent encourageants.

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